Exposition 2011 Galerie UNIVER PARIS

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Galerie Univer  6, cité de l'ameublement-75010 Paris
 

Angle 31, rue de Montreuil- Métro Faidherbe-Chaligny Tél:0143670067

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…Aujourd’hui est un fauve, demain verra son bond.  René Char
Ce que ressent le visiteur lorsqu’il découvre les dernières œuvres de Monique Tello, exposées ce printemps à la galerie Univer à Paris, est un profond sentiment de joie.
Une joie jeune, solaire, multicolore : une joie légère et sautillante comme des feux de Bengale, bondissante et malicieuse comme ces petits animaux qui gambadent de-ci de-là, une joie des origines où galipettes et maternités inaugurent tous les avenirs ; joie profonde et sereine aussi, parce que chacun la sent possiblement durable.
Les formes jaillissent étincelantes, apparaissent, disparaissent puis reviennent en un incessant recommencement.
Image des origines et origine de l’image tout à la fois : joie, innocence et harmonie.
Il n’est pas aisé de traduire tout ce qui se passe ici tant les formes sont entremêlées  les unes aux autres, viennent ensemble …superposées et pourtant absolument solidaires entre elles, nées de l’accord  du dessin et de la couleur, des courbes et des angles, des fonds et des surfaces.
Aucune confusion cependant dans ces espaces peuplés et grouillants de vie : de la  transparence de la trame émergent des mondes aussi  lointains que familiers.
S’il est en effet impossible de dissocier dans ces œuvres récentes de MT, le fond et les formes, les couleurs du dessin, les vides et les pleins, c’est bien cependant la couleur parvenue à son plus haut degré d’incandescence qui fait ici la richesse de ces « apparitions fabuleuses ».
Innocence d’un monde de rêves où les  singes bleus batifolent autour des tigres tachetés et des verts éléphants, où les grands ours dressés rivalisent avec d’impassibles lions et de sages volatiles ; monde d’images de Vierges à l’enfant et de geishas impudiques. 
Plusieurs univers se côtoient en effet dans l’espace mouvant des « îles », ces fuseaux, marqueurs de temps pour l’espace d’une scène : je songe ici à La tenture de la Dame à la licorne, aux mille fleurs coupées et parsemées dans le champ de l’image, au lion, à la licorne, aux singes et aux oiseaux, aux airs graves de la dame et de sa servante : de la même façon les mondes s’accordent chez MT, animaux sauvages, domestiques, enfants, maternités et accouplements, faces à faces…
Bonheur d’une couleur qui invente son propre rythme, ses propres sonorités, ses propres images, n’illustrant en somme que ses capacités à être, c'est-à-dire  à donner et recevoir ce vivant qu’elle recelait sans le savoir…
 Ces formes vives que notre regard, heureux de l’invitation, découvre avec délice au détour d’une feuille de figuier, rappel de la main du peintre, se tiennent « dans le jeu imaginatif de la couleur (où) se trouve le pays natal du souvenir sans la nostalgie »… (W. Benjamin)
Souvenir sans nostalgie, c’est là toute la beauté de la ritournelle. Jour après jour, Monique Tello peint ces passages : passage du temps sans passage, métamorphose d’un devenir sans fin… La même émotion nous étreint face à l’art en train de naître, celui de Chauvet ou de Lascaux comme celui de l’enfance que connaît bien Monique Tello.
Voyez ces mille-feuilles découpées des profondeurs des toiles -support, écran et origine de toute image : lignes de partage et de pénétration. Suivez ces points rouges qui cheminent deux à deux, marques certaines d’un itinéraire mystérieux.  Sautez sur les petits carrés de ces précieuses mosaïques, croisez le temps avec l’espace dans ces grilles pour figures graves, graves parce que tout étonnées encore d’être là, et là seulement, et là finalement…
Admirez enfin « la peau tachetée des choses » de la peinture de Monique Tello.
Sabine Barbé, Historienne de l’art
Paris, mars 2011