Texte de Nicolas Declercq 2011

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Propos sur la peinture de Monique Tello

 

 

Une peinture de la source,

A la source de la peinture!

 

                Dans un entretien éclairant, Monique Tello parle de l'idée du tableau comme un puits. Cette profondeur que contient le tableau révélerait dans ses entrailles la source, c'est à dire la peinture. L'idée de dissocier le contenant du contenu pour incarner l'objet esthétique qu'est une Peinture au sens générique de ce mot me paraît une idée fondatrice de l'approche de la pratique picturale de l'artiste. En effet, outre la peinture de Bram Van Velde, je ne connais peu de peinture plus fluide, plus emprunte d'ondulations profondes. La peinture de Monique Tello capte d'une certaine manière la source d'énergie qui est en chacun des gestes appliqués sur le support qu'il soit de papier ou de toile, mais aussi et surtout l'énergie propre à la peinture en train de se réaliser, s'élaborer et donc se révéler. C'est une peinture en suspension! Elle est faite d'entrelacs, d'écheveaux, de lignes qui tentent de saisir la forme, l'émergence de la figure qui toujours essaie de se dérober dans le jeu de la main qui parcourt, qui court.

              Lorsqu'il y a figure dans les images peintes de Monique Tello, c'est un peu comme l'invité qui nous surprend de sa visite alors même que l'on ne s'y attend aucunement. Ou pour reprendre la métaphore du puits, c'est un peu comme la remontée du seau et l'éclat brillant de la surface agitée de l'eau dans son récipient. Il me semble que c'est pour cela que cette peinture est riche d'une réelle présence et d'une liberté certaine et qu'une reproduction iconique aussi fidèle soit-elle ne peut témoigner, il faut être devant l'œuvre pour comprendre combien l'artiste est dedans! . On ne peut empêcher de laisser   s'écouler l'eau de la source! C'est une double attention qui s'opère ici, celle d'être pour l'artiste peintre l'instrument, l'outil de cette peinture qui à travers elle se livre et se dit; et celle pour le tableau-puits de réserver, de préserver l'énergie irradiante de ce fluide peint.

 

              L'iconographie « tellorienne » pourrait-on dire se rapproche de cette énergie et activité tellurienne ! Des paysages somptueux de minéralité et fluidité, des figures végétales en l'espèce des feuilles de figuier à propos   desquelles  Matisse disait « quand je regarde un figuier, chaque feuille a un dessin différent. Elles ont chacune leur manière de bouger dans l'espace; et pourtant elles crient toutes, chacune à sa façon: figuier ! » ; des figures animalières et humaines; bref une iconographie renvoyant à celle de toute la Peinture.

             

              On l'aura compris , dans une peinture de Monique Tello il y a un double paradoxe, en ce sens que les peintures de l'artiste ne nous donne pas tant à voir qu'à percevoir, elles demandent aux regardeurs d'être attentifs. J'y vois là un signe de profond respect pour celui qui regarde! Et puis une fois perçue, cette peinture ouvre sur d'autres visions du monde; l'espace est plus ouvert que l'on ne croit! Les formes ne sont pas dépendantes les unes des autres, elles sont liées, associées, entremêlées. La peinture est régit par un principe organique. Quant à l'autre aspect du paradoxe cité plus haut, il existe indéniablement un style, une écriture propre à la peinture de Monique Tello et ce malgré les sujets traités. Toujours la recherche de cette ligne qui ondule, qui se fraie sa voie et son chemin, une ligne all-over en creux et en plein, une ligne ronde-bosse qui toujours tente de s'échapper du format pour mieux le circonscrire, le définir mais aussi s'en libérer. Regarder une peinture de Monique Tello lave le regard et lui donne une fraîcheur vivifiante comme l'eau tirée du puits!

 

Nicolas Declercq